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Monastère de Godoncourt
Métropole Orthodoxe Roumaine d'Europe Occidentale et Méridionale

« La Radieuse Tristesse » Le Grand Carême

Les Pères qualifient le carême de « Radieuse Tristesse », deux qualificatifs qui semblent contradictoires. Ce moment de l’année, les quarante jours du grand carême qui précèdent la Pâque du

Seigneur, forment le temps de la purification, de l’éloignement des passions, de l’acquisition des vertus et du progrès spirituel. Le vieil homme est invité à « revêtir l’homme nouveau » (Eph 4,24). Le carême, s’il est joie et source de joie, est aussi paradoxalement « tristesse » en raison de la passion et de la mort du Christ. Associée aux jours de jeûne et d’abstinence dans l’attente de la Résurrection et de sa célébration, la croix est objet de tristesse et de joie en raison de la victoire du Christ sur les puissances de ténèbres.


Ne sommes-nous pas transportés au tréfonds de nous-mêmes, à travers les offices de carême, enseignés par le Triode, devant l’annonce de notre mort et de notre résurrection ? Chaque baptisé repentant participe à ce mouvement de l’âme : revenir à l’état d’avant la chute par l’effort ascétique. Lutter contre les maladies de l’âme : la colère, l’avarice, la volupté, la gourmandise, l’orgueil, en maitrisant toutes les fonctions du corps. « L’ascèse est la mère de la sanctification privant le corps de réconfort par la faim » (saint Isaac le syrien, discours 26). Au sommet du mont Sinaï, Moïse s’exerça durant quarante jours à l’ascèse (Ex. 34,28). Par la suite de nombreux ascètes s’enfoncèrent dans le désert, imitant Moïse et son peuple éprouvés pendant quarante ans.


Le Triode, livre liturgique en usage à partir du dimanche de Pharisien et du Publicain jusqu’au Grand Samedi, veille de la Résurrection, est solennellement déposé devant l’icône du Christ, puis remis au canonarque. Les lectures bibliques, contenues dans le livre du Triode, sont de trois ordres : « la Genèse », qui consacre l’alliance de Dieu avec son peuple ; « les Proverbes » qui exaltent la sagesse divine ; et enfin « Isaïe », l’immense prophète de Dieu qui nous renseigne sur le serviteur souffrant et sur le sacrifice permanent du Christ. Le livre du Triode déploie une grande intensité spirituelle, loin de tout formalisme, de toute obligation diététique, de toutes prescriptions juridiques comme d’ailleurs tout au long des carêmes. L’esprit d’amour pour Dieu exclut le formalisme moral.


L’usage conjugué des Psaumes, écrits pour la plupart par le Roi David vers l’an mille avant Jésus Christ, et du Triode forment le socle des offices de cette période singulière de l’année. Le Christ a prié les Psaumes. Ils expriment la louange, le repentir et tous les états d’ordre spirituel que l’homme de prière expérimenter.


« Continuons à jeûner, sans assombrir nos visages, mais en priant dans les profondeurs de nos âmes » (Stichère de vêpres. Triode du mercredi de la 4è semaine). Il n’y a rien à publier sur les places publiques pour ceux qui cherchent Dieu, mais plutôt à cultiver dans le secret de son coeur l’humilité du Publicain, qui confère aux pénitents « les récompenses de l’Esprit ».



Une prière en particulier traduit l’esprit du carême, attribuée à saint Ephrem le syrien et rythmé par des prosternations :


Seigneur et maître de ma vie,

L’esprit d’oisiveté, de découragement, de domination et de vain bavardage, éloigne de moi.

Donne plutôt à ton serviteur un esprit de pureté, d’humilité, de patience et d’amour.

Oui, Seigneur-Roi, accorde-moi de voir mes fautes et de ne pas condamner mon frère

Ô Toi qui es béni dans les siècles des siècles.

Amen.


Cette supplique est comme l’ordonnance médicale ou l’injonction thérapeutique de la sainte quarantaine. Alors, que le livre du Triode tout entier nous entraîne dans l’exercice collectif et liturgique, la prière de saint Ephrem nous convie à l’effort personnel, visant à éloigner les causes principales de notre déchéance : la paresse ou l’oisiveté, le découragement ou l’acédie, la domination sur les autres qui peut aussi se traduire par de l’indifférence, et enfin le bavardage souvent inutile, mensonger, illusoire ou toxique. Ces maladies de l’âme peuvent transformer notre existence en enfer. A l’inverse, pureté, humilité, patience et charité tissent des couronnes salvatrices pour nos âmes.


Le grand carême précipite le retour de l’âme vers le royaume, il ouvre grande la fenêtre sur l’au-delà. Il actualise la nécessité d’un retour à la nature humaine d’avant la chute, attendant le retour de l’aube et les premiers rayons du soleil de Pâque. Les Pères se plaisent à évoquer « un printemps de l’âme ». L’histoire du salut, de la chute et du repentir, fondée sur le récit biblique, est récapitulée dans le Christ, vécue intensément durant le saint Carême, elle nous propose le retour vers un monde qui nous parle de Dieu et nous exhorte à prendre part à sa Gloire.

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