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Le Buisson Ardent

Le message toujours actuel d’un groupement chrétien et de leurs fondateurs - André SCRIMA et Alexandre MIRONESCO - dans la seconde moitié du XXe siècle en Roumanie.


Symposium organisé à l’initiative du Monastère de Godoncourt (88 410) le 19 novembre 2023 à Paris avec la bénédiction de Mgr. Joseph - Evêque de la Métropole orthodoxe roumaine d'Europe occidentale et méridionale.



Il y a déjà plus d’un an, nous avons accueilli dans l’enceinte de notre établissement monastique le professeur Marius Vasileanu qui a évoqué devant un auditoire restreint mais de qualité l’engagement spirituel de certains intellectuels roumains qui, dans les années ‘40 et ‘50 du siècle dernier ont ressenti le besoin de se retrouver afin de renouer avec la tradition portée par la Philocalie et du savoir prier ensemble. Ce fut, également, l’occasion, de saisir, non sans effroi, les bouleversements auxquels l’Eglise orthodoxe et ses fidèles ont été confrontés après la Seconde Guerre mondiale à la suite du changement de régime social et politique survenu à l’est de de notre continent.

Connu et placé sous le vocable hautement chargé de signification du Buisson Ardent, ce rassemblement chrétien - aussi authentique que inédit dans l’espace orthodoxe et le contexte de l’époque - a été vite catalogué comme dangereux par le pouvoir de type totalitaire installé de force. La plupart des membres de ce groupement ont payé cher, certains de leur vie, l’audace de se réunir et de persister à exalter les vertus de la prière.

La mémoire de ces martyrs (dans le sens strictement étymologique du terme), est encore vivante de nos jours grâce aux ouvrages qui traitent de leurs cas et, tout dernièrement, à la publication de leurs témoignages et de leurs œuvres littéraires. L’actualité et l’intérêt suscité par leur message, souvent en dehors même de l’espace roumain, explique le souhait de continuer à amplifier les débats sur ces sujets et plus encore d’en élargir l’auditoire. C’est ainsi qu’avec la bénédiction de l’Evêque de la Métropole orthodoxe roumaine d'Europe occidentale et méridionale, Mgr Joseph (Pop), et à l’initiative de Mère Dorothée, supérieure de l’établissement monastique de Godoncourt (88 410), l’église des Saints-Archanges à Paris (rue Jean de Beauvais, 75 005) a accueilli le 19 novembre dernier, un fort intéressant et rare colloque consacré au groupement le Buisson Ardent et à deux de ses membres fondateurs.

Tout au long d’une après-midi, des jeunes et moins jeunes, ont pu entendre évocations, témoignages et considérations sur des personnalités telles Andrei Scrima et Al. Mironescu qui, grâce à leurs écrits enfin publiés, connaissent un succès indéniable. Les propos tenus ont visé tout particulièrement les jeunes français de confession orthodoxe en quête de références capables de les rassurer quant à leur ancrage et à la valeur réelle des traditions dont ils sont, que l’on le veuille ou non, les héritiers.

Bien que retenu par les tâches spécifiques à son ministère, Mgr. JOSEPH a honoré de sa présence la réunion en nous permettant d’entendre l’enregistrement d’une partie de l’entretien qu’il a eu avec Mgr. Christophe SCHÖNBORN – cardinal et ancien Évêque de Vienne – pendant lequel ce dernier évoque ses rencontres avec le brillant père André Scrima - éminent théologien qui, dans les années 1960-70, a représenté le Patriarche de Constantinople Mgr. Athënagoras lors des travaux du Concile Vatican II.

Lors de ses études de théologie à Paris, et à la suite tout spécialement d’une rencontre fortuite à l’Istina avec le Père Scrima, le futur évêque et cardinal autrichien s’est vu vivement incité à découvrir les écrits des Saints Pères dont ceux de Maxime le Confesseur qui, le confie-t-il publiquement, l’ont marqué à vie. Ainsi, il a pris connaissance aussi de la Philocalie dont il en a pu mesurer l’impact et l’importance. C’est le même André Scrima qui lui a appris ultérieurement combien le «feu» du Buisson Ardent - si revitalisant spirituellement - a pu survivre et être transmis.

Anca VASILIU a connu André Scrima après 1993 lorsque celui-ci prit la décision de mettre fin à son long exil occidental et de rentrer dans sa Roumanie natale. Pendant plusieurs années, grâce aux nouveaux moyens informatiques, la jeune doctorante en philosophie à Paris a entretenu un dialogue soutenu avec le vénérable moine et prestigieux homme d’Eglise.

Actuellement directrice du Centre «Léon Robin» de recherches sur la pensée antique, Anca Vasiliu est plus habilitée que quiconque à brosser un ample portrait d’André Scrima - caloyer et hiéromoine d’exception - qui lui a longuement parlé de l’espoir que les jeunes des années ‘40 ont mis dans les perspectives spirituelles ouvertes par le mouvement initié par les membres du Buisson Ardent.

A Paris, André PALEOLOGUE a rencontré plusieurs fois le Père André Scrima pour partager leurs souvenirs sur leur grand ami et co-fondateur du Buisson Ardent, Alexandre Mironescu - éminent scientifique et épistémologue qui, à la fin des années ’50, a enduré la tête haute et sans accepter la moindre compromission, les affres du pouvoir politique en place. Pour son engagement chrétien, il a été condamné à 25 ans de détention (dont sept effectués) et à la déchéance de ses titres universitaires.

En s’adressant à l’auditoire le plus jeune présent à ce colloque, André Paleologue a choisi d’évoquer ses propres souvenirs de jeunesse pour faire entendre qu’en dépit de la violence de ses détracteurs, les idéaux du Buisson Ardent - véritable «école de prière» et lieu de réflexion orthodoxe - ont continué grâce à l’exemplarité d’un Alexandre Mironescu à susciter l’intérêt et l’admiration de toute une frange de la génération née immédiatement après la Seconde Guerre. Les pages de son Journal intime (1967-1972) récemment publiées, ainsi que ses essais tous remplis d’esprit chrétien, de même que certains écrits d’André Scrima, comptent aujourd’hui parmi les références devenues indispensables à tous ceux et celles qui sont à l’écoute de la voix orthodoxe de notre foi chrétienne. C’est bien la raison qui conduit André Paleologue à inviter à ne jamais perdre de vue le vécu et la profession de foi de ceux qui à leurs risques et périls, à l’instar d’un Alexandre Mironescu, ont entretenu la flamme toujours vivante du Buisson Ardent.

Le philosophe Ioan Alexandru TOFAN - qui a étudié avec attention les écrits d’André Scrima - a pensé utile de relever un certain nombre d’éléments clés qui peuvent révéler voire signifier la métamorphose ou la conversion d’un excellent mathématicien, d’un passionné d’hindouisme et d’un amoureux de spéculations philosophiques, en fin théologien orthodoxe et véritable homme d'Église investi par la suite de nombreuses missions qu’il a accompli avec une belle et responsable discrétion.

Le prêtre Răzvan IONESCO a choisi d’évoquer le témoignage du vénérable père Sofian (Boghiu) - moine et peintre iconographe au Monastère Antim de Bucarest - qui, ayant connu, suivi et admiré sans réticence Al. Mironescu, A. Scrima et bien d’autres membres du Buisson Ardent, a reconnu et souligné dans son Journal - lui aussi récemment publié, combien cette proximité a pu enrichir spirituellement tous ceux qui les ont côtoyés .

Les regards croisés ou complémentaires que les intervenants ont offert lors de cette rencontre si dense de signification, peuvent être considérés à juste titre indispensables non seulement pour la compréhension d’un tournant de l’histoire de l’Eglise roumaine moderne, mais aussi comme une réponse à la demande aujourd’hui pressante de la part des générations jeunes d’exemplarité et de références fiables et solides.

Les conclusions faites par Marius VASILEANU - chercheur et éditeur providentiel des écrits de plusieurs membres du Buisson Ardent (voir les 10 titres de la collection intitulée Les archives du Buisson Ardent aux éditions Eikon (Cluj-Napoca/Bucarest 2013-2023) - ont mis en exergue l’apport des intervenants en signalant une fois de plus l’importance de la transmission aux plus jeunes et, pourquoi pas, aux générations futures, d’un idéal de vie et d’un engagement chrétien allant de pair avec une authentique ouverture pour le débat d’idées. Ceci sans pour autant troubler ou porter atteinte à l’espace de liberté que la France a pu assurer et offrir jusqu’ici, et entre autres, aux Chrétiens de confession orthodoxe.

Last but not least, il convient de saluer l’accueil bienveillant et efficace du père Iulian NISTEA - prêtre à l'Église cathédrale roumaine de Paris, qui a offert le meilleur environnement possible à ces échanges dont les répercussions ne vont certainement pas tarder à se faire ressentir.





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