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La prière, l’art des arts

La prière est donnée à celui qui prie.

Ce qui signifie qu’il est nécessaire de prier avec crainte et amour, se plaçant devant le Maître Tout Puissant qui entend tout, voit tout, prononçant les mots de la prière avec concentration et attention, et non mécaniquement, le plus souvent possible, réservant des moments de la journée à cet effet, conscient d’être un serviteur inutile qui ne fait que son devoir. Les esprits déchus ne manqueront pas de venir troubler l’ascète débutant lui suggérant avec ruse et malice mille et une pensées vaniteuses

et de hautes considérations sur lui-même. Se sentir indigne en ramenant son intellect sans cesse dans les paroles de la prière, comme le dit saint Jean Climaque, est la seule issue. La grâce de Dieu n’est donnée qu’aux humbles et celui qui garde l’humilité ne peut en aucun cas s’égarer. Si l’humilité est la mère des vertus, l’orgueil est le père de l’amour inconsidéré de soi.


« Priez sans cesse » nous dit saint Paul. Que cela signifie-t-il ?

Sentir, cultiver le sentiment de la présence de Dieu, cultiver la nostalgie de Dieu dans son cœur, ressentir comme un deuil de Dieu, s’éloigner des préoccupations de ce monde déchu et de son tourbillon, de sa folie. Créer un climat du cœur. Un sentiment spirituel qui unit le cœur à l’intellect. Le cœur absorbera la prière et la prière absorbera le cœur, disent les pères. En fait, l’homme ne peut rien sans la prière. Dieu nous donne son Esprit, afin de découvrir, de réveiller, d’éveiller le cœur, de l’armer en vue du combat spirituel. Saint Paul dit : « Je vous conjure avant tout de prier ». L’œuvre de prière est au-dessus de toute œuvre, car sans elle rien de bon ne peut s’accomplir. Sans la prière fréquente, on ne peut trouver la voie qui plaît à Dieu. La fréquence est en notre pouvoir pour manifester notre amour notre à Dieu.

« Acquiers la mère, tu auras la vertu, tu auras une descendance » dit saint Isaac le syrien « et prie pour mettre en œuvre les vertus ».

Le père Joseph l’hésychaste, mort en 1959, moine de l’Athos et canonisé depuis, dont je porte le nom, disait tout le temps : « si Dieu conduit quelques âmes entre tes mains, enseigne-leur une seule chose : la prière. La prière leur enseignera tout et les sanctifiera ». Il s’agit bien entendu de la prière de Jésus. Il ajoute, comment retrouver la prière, quand en raison de notre grande négligence, il nous arrive de la perdre. La vie de prière connaît bien entendu des développements, des progressions, des tunnels, des attentes et des déserts..., sachant que l’Esprit Saint est le grand pédagogue, notre avocat, notre paraclet.

La prière est d’abord mentale puis spirituelle :

- 1 er degré : pour le débutant, la prière est ardue. Il faut s’y atteler, s’y contraindre. La prière vient en priant comme la natation en nageant. Peu à peu l’envie de prière se manifeste. Il y a comme des appels secrets qu’il faut guetter dans son âme. Comme des signes discrets qu’il faut savoir observer et discerner.

- 2 ème degré : chez celui qui persévère, l’Esprit Saint suscite un désir profond et irrésistible de prier. C’est l’affaire d’une vie. La prière devient un don de Dieu. Ce n’est plus l’homme qui prie, mais l’Esprit de Dieu qui prie en lui. Selon Tito Colliander (l’auteur du « Chemin des Ascètes », un ouvrage que l’on ne peut que recommander à tous), fidèle à l’enseignement de saint Ignace

Briantchaninov, les prières contenues dans les manuels de prières sont très recommandables, elles sont «  le fruit de l’expérience que l’Église a accumulée à travers les siècles ». L’attention est indispensable ; cœur et intellect se mettent à l’unisson avec le temps et dans la grâce de Dieu. Quand les pensées vagabondent, ramenez-les dans votre esprit. Enfermez votre esprit dans les mots de la prière, dit saint Jean Climaque. Évitez, chassez, écartez les représentations de toutes sortes, souvenirs, sensations, sentiments divers, émotions, concepts liés à l’activité discursive, imaginations consolatrices…

L’Esprit Saint se réserve de nous « surprendre » par une invocation spontanée qu’Il suscite parfois en nous : « Seigneur Jésus ! », une prière intime et cachée qui jaillit du fond du cœur. En bref, la prière quotidienne comprend trois modalités :

- les prières du matin, suivies d’un acathiste à la Toute Sainte ou à un saint, pour ceux qui le peuvent. Les prières du soir, avec la paraclisis, sont toujours possibles, l’invocation des saints protecteurs et des saints du jour est bénéfique. Les prières préparatoires à la veille de la communion sont recommandées.

- les prières dans les moments de liberté ou de vacuité, prière spontanée, en marchant, cuisinant, en voiture, métro, bus, avion, sous la douche, conversant avec l’un ou l’autre.

- enfin, la prière de Jésus, pratiquée avec régularité, détermination et fidélité dans le temps, sont notre seul atout avec la ponctualité. Cette prière deviendra prière du cœur, prière établie dans le cœur, comme le précise saint Macaire. Celle-ci est pure et suppose l’arrêt de toute activité mentale.


Commencez tranquillement, un quart d’heure le soir, puis trente minutes... La prière est plus aisée, si l’on s’est recueilli, même brièvement, quelques fois dans la journée. Cependant, ce qui plaît à Dieu, plus que de longues prières éparpillées, c’est la régularité. Quand la prière devient sèche, voire aride ou impossible, prenez l’Evangile, le psautier, le synaxaire, un livre spirituel. Notez que la prière de Jésus induit une baisse de l’activité mentale, diminution vivement recherchée, qui n’incite guère à des réflexions sur des sujets spirituels. Cette attitude favorise justement le temps de la prière, un appauvrissement de nos capacités discursives et imaginaires.Tous ces « symptômes » sont de bonne augure pour la prière comme l’indique le Père Placide. En second lieu, il convient de prier selon un certain rythme, le vôtre. On peut dire une moitié de la formule sur l’inspiration, l’autre moitié sur l’expiration. Privilégier la première moitié, puis la seconde. Cela permet une meilleure concentration. On peut s’autoriser une brève pause entre l’inspiration et l’expiration, écartant toute crispation mécaniste. La monotonie et l’attention portées aux mots suffisent. On peut implorer, supplier la miséricorde divine : « un cœur broyé et humilié » Dieu ne le maîtrise point. La nuit est bien sûr propice. Avant de parvenir aux étapes supérieures, il y a des étapes de préparation indispensables, comme la purification du cœur, il nous faut revêtir la robe nuptiale.

La reconnaissance de notre état de pécheur, la conscience aiguë de notre déchéance, l’attendrissement du cœur, la reconnaissance de nos erreurs passées et manquements divers, pratiqués en un instant, formulés en un clin d’œil, dans un juste élan de repentir ouvrent la descente de l’intellect vers le cœur et facilitent la concentration. En vérité, c’est Dieu lui-même qui nous guide, nous apprend toutes choses nous éduque, nous conforte, nous console ! Lui qui fait toutes choses nouvelles, ne nous dit-il pas, par la bouche d’Ezéchiel : « Je vous donnerai un cœur nouveau et j’y mettrai un esprit nouveau au milieu de vous ; j’ôterai de votre corps le cœur de pierre, et je vous donnerai un cœur de chair » (Ezéchiel 36,26). Telle est la voie du cœur. Tel est le chemin de la connaissance de Dieu.


Prêtre Joseph


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