Au cœur du Symposium Stăniloae: la maternité spirituelle comme chemin de sainteté
- Monastere Godoncourt

- il y a 1 jour
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Le Symposium Stăniloae s’est déroulé du 13 au 15 mai 2026 à la Cathédrale Métropolitaine de Iași, en Roumanie. La mère higoumène Dorotea a présenté, dans la section francophone, une étude consacrée au rôle de la femme dans la naissance, la croissance et l’accomplissement des âmes en Christ.
Par cette voie, la mère Dorotea souhaite remercier tous les organisateurs pour l’invitation reçue ainsi que pour l’accueil chaleureux qui lui a été réservé lors du symposium.
Nous reproduisons ici un extrait de sa présentation :
Comme la professeure l’a dit, mon sujet s’intitule : « La maternité spirituelle – Saintes et religieuses, guides vers la sainteté par la spiritualité et la philanthropie ».
J’ai commencé avec la Très Sainte Mère de Dieu, les saintes femmes et le monachisme féminin, qui constituent des modèles de sainteté, de philanthropie et de direction spirituelle.
Dans la tradition orthodoxe, la maternité spirituelle représente l’une des expressions les plus profondes de l’amour chrétien et de la participation à la vie ecclésiale. Elle ne se limite pas à la maternité biologique, mais désigne la capacité d’engendrer les âmes à la vie spirituelle par la prière, le discernement, l’éducation spirituelle, le sacrifice et la philanthropie.
Les mères spirituelles que j’ai étudiées communiquent à leurs disciples, à travers une tradition vécue et incarnée dans leur propre existence, un mode de vie agréable à Dieu et indispensable à la contemplation et à la théologie.
Cette notion de mère spirituelle occupe une place importante dans la spiritualité orientale, particulièrement dans le monachisme, où certaines femmes ont exercé une influence spirituelle comparable à celle des Pères du désert.
La maternité spirituelle trouve son modèle parfait dans la personne de la Mère de Dieu, la Théotokos, qui devient non seulement la mère du Christ, mais aussi la mère spirituelle de toute l’humanité croyante.
Le père Dumitru Stăniloae affirme que la Vierge Marie est l’archétype du sacerdoce royal féminin. La femme s’accomplit dans la maternité spirituelle. En elle réside le salut du monde. Telle est sa mission : conduire l’homme vers le Christ.
L’intercession dans la prière constitue une composante fondamentale de cette maternité, car la mère spirituelle porte ses enfants spirituels devant Dieu avec tendresse, vigilance et amour.
Dans l’hymne acathiste au Buisson Ardent de la Mère de Dieu, la Théotokos est désignée par des expressions d’une remarquable densité théologique : « Reine de la prière », « Prière incarnée », « Source de la prière sans fond ».
Toutefois, au-delà de ces formulations poétiques et liturgiques, la pensée de Daniil Sandu Tudor révèle une intuition spirituelle encore plus profonde concernant la Mère de Dieu. Celle-ci y apparaît comme Amma et Duhovnica, c’est-à-dire la mère spirituelle par excellence de la vie intérieure.
Cette terminologie ne relève pas d’une simple métaphore affective, mais exprime une véritable théologie de la maternité spirituelle enracinée dans la tradition monastique.
Je cite l’Acathiste du Buisson Ardent :
« Ô Notre-Dame, incorruptible et pleine de grâce,nourris-moi du lait des ailes du grand Aigle,signe de l’Apocalypse de la maternité virginale,Église qui donne naissance à l’homme intérieur,aide-moi à me reconstruire dans la nature ineffable,en tissant la litanie de la terre délicate,et donne-moi la bienheureuse naissance des mères spirituelles.Par le pouvoir de la Résurrection, moi aussi,je pourrai te chanter afin de vivre dans l’Église. »
La vision de Daniil Sandu Tudor s’inscrit organiquement dans la tradition athonite. Le monachisme athonite reconnaît la Mère de Dieu comme protectrice, higoumène et guide invisible de toute la communauté monastique.
Dans l’Acathiste du Buisson Ardent, Daniil Sandu Tudor attribue à la Mère de Dieu les termes Amma et Duhovnica, exprimant le fait que la Vierge Marie n’est pas seulement un objet de dévotion, mais aussi un guide vivant de la prière, une pédagogue de la contemplation et la mère de tous ceux qui s’engagent sur le chemin de la déification.
Dans le Kondakion XII, il écrit :
« Mère de Dieu, tendre higoumène de la terre,toi qui as donné naissance à la tradition mystérieuse de l’hésychasme. »
Cette perspective s’inscrit profondément dans la tradition hésychaste et athonite de l’orthodoxie, où la Mère de Dieu est contemplée comme l’higoumène invisible et la protectrice de la prière du cœur.
Ainsi, la spiritualité du Buisson Ardent n’est pas seulement une spiritualité mariale, mais une véritable mystagogie de la vie contemplative centrée sur la maternité spirituelle de la Théotokos.
Dans la vie monastique, cette théologie de la Mère de Dieu comme Amma et Duhovnica possède une signification particulière.
L’higoumène d’un monastère féminin, ou une ancienne de ce monastère, devient l’icône de la maternité spirituelle de la Théotokos par le discernement spirituel, la formation ascétique, l’accompagnement intérieur et la conduite des âmes vers la prière du cœur.
Ainsi, la maternité spirituelle de la Mère de Dieu se prolonge dans la structure même de la vie monastique féminine.
Extrait du poème d’une vieille moniale, sœur Cléopâtre, adressé à son disciple.
J’ai une jeune fille médecin,
Douce comme un œillet du jardin.
Toujours prête à écouter,
Elle soigne les bêtes blessées.
Le soir, lorsqu’elle rentre au logis,
Elle n’a même plus faim de la vie. (...)
Quand je la vois franchir la porte,
Toutes mes douleurs deviennent mortes,
Car elle est bonne et si belle d’âme
Qu’elle ne me laisse pas rendre l’âme. (...)
Et pourtant, lorsque viendra l’heure
Où je quitterai cette demeure,
Je t’en prie, mon enfant chérie,
Verse une larme pour ma vie.
Car moi, tant que j’ai vécu,
À la fin je n’ai point pensé.
Ainsi est l’homme sur la terre :
Il oublie toujours sa dernière heure.
Et je n’ai plus qu’un seul désir,
Je t’en prie, mon enfant, l’entendre :
N’oublie jamais que je t’aimai
Dès le jour où je t’ai rencontrée.
Quand j’entrerai sous la terre noire,
Je n’aurai plus âme à voir.
Que celui qui voudra m’encenser
Le fasse si son cœur est blessé.























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